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Sorties Mis en ligne le 06/12/11 I Rédaction par Annie Batlle
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Mille sorcières pour un sorcier... Etrange histoire que celle de la sorcellerie. Une histoire qui en dit long sur ceux qui l'écrivent et sur ceux qui veulent chasser les sorcières. Au Musée de la Poste à Paris, une exposition passionnante.


Visiter l’exposition du musée de la Poste « Les sorcières, mythes ou réalités », riche d’une iconographie abondante et de textes pédagogiques rédigés par des experts en sorcellerie et démonologie (il y en a !), c’est plonger dans un univers à la fois familier et étrange.

Familier, car notre histoire collective et individuelle est hantée par des histoires du diable et des pactes passés avec ses suppôts, et parce que notre enfance est bercée de récits de sorcières enfourchant des balais ou concoctant des potions maléfiques au fond de leurs chaudrons.

Etrange, cette fascination qui perdure pour l’univers on ne peut plus sinistre de la magie noire, peuplé de monstres ignobles. Démons, sorcières et sorciers ont inspiré les peintres du 17ème siècle à nos jours, de David "le jeune" (La Tentation de Saint Antoine) aux masques grimaçants de Goya. Ils ont alimenté le cinéma depuis ses origines comme le prouvent les nombreux tableaux et affiches de films.

Chasse aux sorcières, pas aux sorciers


« Un sorcier pour mille sorcières » : c’est ce que déclare l’historien Jules Michelet qui, le premier, réhabilite les femmes dans son livre « La Sorcière » (1868) et accuse l’Eglise d’en avoir organisé la chasse. En effet, s’il y a des sorciers, ce sont les femmes en majorité qui ont été accusées de mille maléfices depuis Adam et Eve. Le mythe prend sa source dans la peur/fascination des mâles à l’endroit de ces créatures féminines jugées fatales, car dangereusement douées de séduction et  qui plus est  expertes en cueillette et préparations de toutes sortes. Les religieux de tous poils condamnés à la chasteté se sont vengés sur celles qui leur étaient défendues en les faisant griller !  Dès le 13ème siècle, la magie très répandue dans les campagnes et tolérée jusqu’alors est diabolisée, au sens strict.

Avec l’Inquisition au 14ème siècle une répression systématique et barbare est  organisée. Sous prétexte d’éradiquer le Mal, « rumeur et mauvaise foi, une seule plainte suffit ; épidémies, catastrophes naturelles vouent aux procès et aux pires tortures et au bûcher des femmes par centaines, dans une hystérie collective orchestrée par l’église ». L’idée de secte satanique émerge, les procès se succèdent. Les juges s’appuient sur le célèbre « Malleus Maleficarum », le "marteau des sorcières" (1486), dont on peut admirer un exemplaire. Il a été rédigé par deux inquisiteurs désignés par le pape Innocent VII. Sa bulle ad hoc vaut son pesant d’or. Elle évoque en effet mille dépravations sordides et orgiaques à peine imaginables ! Les juges/magistrats redoutables s’inspirent également de divers traités de démonologie. On peut les voir dans l’exposition. Les médecins qui dénoncent assez vite des aliénations sont sévèrement punis. Bien plus tard, avec  Charcot, Freud et les autres, on attribuera l’hystérie à l’impuissance, à l’impossibilité d’agir, à la privation de parole. Bonne description du sort des femmes.

Délires démoniaques


Au fil de la visite se dégage la cohérence de ce monde qui sent le soufre : les protagonistes, les victimes, la mécanique des procès, les rites d’exorcisme (dignes des sorciers) effectués par des prêtres, les séances d’envoutements, les délires à propos du  sabbat né de l’imagination sans limites des clercs frustrés ou des divagations des victimes sous la torture. La cuisine du sorcier, les figurines, les poupées piquées d’épingles, les balais, les amulettes et médailles des clercs, les grimoires se succèdent en bon ordre. Les affaires qui ont ébranlé les royaumes sont  évoquées : Loudun, Louviers, l’affaire des poisons. C’est Louis XIV qui met fin aux procès en sorcellerie, mais les buchers brûleront jusqu’au 18ème siècle.

Partout dans le monde et pour ceux qui ont besoin d’y croire,  mages, sorciers, rebouteux se livrent encore à des pratiques peu rationnelles. L’ONU publie régulièrement un rapport sur les cas d’enfants victimes de sévices pour avoir été dénoncés comme sorciers. L’exposition se termine par la reconstitution de « la manufacture/labo » de Madame P, célèbre envouteuse morte en 1950 entourée de masques diaboliques.

"Sorcières, Mythes et Réalités" du 23 novembre 2011 au 31 Mars 2012

Musée de la Poste, 34 Bd de Vaugirard, 75015 Paris

 http://www.laposte.fr/adressemusee/

Commissaire de l'exposition : Patrick Machard


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