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Mis en ligne le 24/02/11
Les temps sont durs pour les violeurs. Leur recours au « consentement » implicite de leurs victimes ne convainc pas toujours, et le blâme adressé à celles-ci commence à faire scandale. Julian Assange, qui avait cité en défense le chandail de cachemire rose d’une des femmes qui l’accusent de viol, se ridiculise en se plaignant de la diffusion de leurs plaintes et en traitant la Suède d’« Arabie saoudite du féminisme ». Surtout, dans le dossier de la prostitution, de plus en plus de pays remettent en question ce que la philosophe politique Carole Pateman appelle « le droit sexuel masculin » d’accès au corps de femmes. Étrange paradoxe L’auteure du Contrat sexuel (La Découverte, 2010) a cherché à comprendre pourquoi et comment le sacro-saint « contrat social », mythe fondateur du libéralisme, préservait obstinément la subordination des femmes. Sa réponse ? Parce qu’elle la présuppose. L’individu républicain du XVIIe siècle était foncièrement Blanc et masculin, fort de deux autres contrats secrets : le contrat d’esclavage – évident dans les récits coloniaux qu’exhume Pateman – et le contrat sexuel, enfermement des femmes dans la vie domestique, stipulé par les pères du libéralisme : Hobbes, Locke et même à gauche, Proudhon. Pateman cite la Britannique Mary Astell qui objectait déjà en 1730 : « Si tous les hommes sont nés libres, comment se fait-il que toutes les femmes soient nées esclaves ? »
Cette faille initiale de la société du contrat social, censé avoir aboli il y a trois siècles la loi du monarque et du père, trahit les femmes. Ce contrat les subordonne malgré une fausse garantie d’égalité, les invitant à « faire comme si » elles étaient des individus libres alors qu’elles restent clouées au féminin par la norme du contrat sexuel. Pour en finir avec le maître et l’esclave C’est particulièrement clair dans les transactions qui portent sur leur corps. Pateman a analysé les contrats de mariage, de prostitution et de maternité de substitution. (Le Contrat sexuel a été écrit au moment de l’affaire Baby M, aux USA, où une mère dite «porteuse» avait refusé de remettre son enfant au couple acheteur.) L’auteure liquide l’illusion du « contrat comme ennemi du patriarcat, porteur du coup fatal à la domination sexuelle ». Axée sur une image de soi comme « individu propriétaire de son corps et faisant des choix rationnels» – un modèle aujourd’hui imposé même à gauche par la privatisation à outrance –, cette fausse libération enferme les femmes dans la soumission à celui dont le contrat fait leur maître : client, époux et père, acheteur d’enfant…, tous en droit d’exiger satisfaction, ce qui explique mieux la violence infligée par les prostitueurs. La version française de ce livre arrive au moment où la mondialisation force le déracinement des femmes par le trafic humain, l’achat d’épouses par correspondance dans les pays dévastés par la crise, et même la vente d’enfants au profit des touristes sexuels. Au Canada, on voit – avec le jugement Himel (Bedford c. Canada) – l’industrie du sexe réclamer à l’État une requalification des proxénètes et tenancier-e-s de bordel en «gardes du corps» et de l’ordre public… en échange de recettes fiscales. Hommes nouveaux demandés Pour la gauche et l’anarchisme, c’est le moment ou jamais, nous dit l’auteure, de cesser de mettre le sexe patriarcal à l’abri de toute critique, de reconnaître des limites à la liberté de l’individu, et surtout de rompre avec leur trop long silence sur la domination masculine : « Les hommes nouveaux ressemblent toujours étonnamment aux anciens : leurs libertés civiques ne perturbent pas l’ordre patriarcal. » Une fascinante préface de la philosophe Geneviève Fraisse (1) rappelle d’autres espaces que le libéralisme classique où se multiplient aujourd’hui les ruptures du contrat de dupes trop longtemps imposé aux femmes : lois du divorce, luttes pour l’égalité, et échappée au « contrat hétérosexuel », avec Monique Wittig dont les essais viennent d’être publiés en français dans Le chantier littéraire. La banquise se disloque un peu. En Suède, les glapissements d’Assange ont déclenché une passionnante série de témoignages de femmes sur d’autres « consentements » arrachés et sur le poids du silence à leur sujet (2). Au Québec, les ex-prostituées qui s’expriment dans le film L’Imposture font mentir les propos lénifiants de l’industrie. Au-delà du «choix» qu’on leur impute encore, les interlocutrices d’Ève Lamont y exigent beaucoup plus que la réduction des méfaits, promise de longue date au prix de la normalisation de leur condition. Toujours au Canada – où se prépare un dérangeant Tribunal Populaire à Montréal à la mi-mars (www.lacles.org) – les féministes ressourcent la gauche en mettant sur la table les enjeux du revenu garanti, du logement abordable, de la décriminalisation des femmes exploitées, ainsi que de véritables emplois et ressources pour elles et pour tou-te-s les autres en santé et en recyclage professionnel. Comme quoi, un contrat, ça se déchire ! Martin Dufresne, journaliste québécois Ce texte est à paraître dans le mensuel québécois Le COUAC
(1) Disponible librement ici, avec les premières pages du livre. (2) Cf « Plaintes et chuchotements », Olivier TRUC, Le MONDE, 08.02.11 LA SELECTION
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Commentaires
Ben...Si, elle le démontre...p286
Lorsqu'elle cite Mc Leod et la notion de distanciation comme protection.
et puis page 306 ligne 5.
le raisonnement doit reposer sur la démonstration de ce fait. Est ce le cas ?
Sinon,la théorie du contrat repose surtout sur l'idée que le contrat se négocie et que les deux parties sont également libres, responsables et que le rapport de forces qui en découle est donc leur problème et uniquement lui, sans responsabilité sociale.
Pour aller plus loin, de nombreux théoriciens se sont penches sur la question de l'égalité des chances, et des théories de l'influence. Ils ont donc approfondi la théorie du contrat. Mais sur le principe, l'idée est que ce sont aux femmes de refuser les "contrats" désavantageux qui sont devant elles...
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